Zoophilie : 1,6 million de visites d’internautes français enregistrés, chaque mois

Animal Cross estime à 1,6 million le nombre de visites mensuelles sur les sites de zoo-pornographie. L’association veut rendre ces contenus illicites.

Mis à part les plaisanteries graveleuses dont elle fait l’objet, la zoophilie reste, en France, un sujet tabou. La littérature scientifique et juridique l’aborde peu ; les associations de protection animale en parlent rarement et les quelques (rares) affaires que les tribunaux ont à connaître échouent, le plus souvent, dans la rubrique des faits divers. Il s’agit pourtant d’un « phénomène de masse », révèle une enquête de l’association Animal Cross, qui dénonce, outre les « sévices inadmissibles » que cette « déviance sexuelle » fait supporter aux animaux, une « atteinte grave à la dignité humaine » et un problème de santé publique.

Publiée sous un titre choc (« Les animaux, les nouveaux sex-toys »), cette étude s’appuie notamment sur la thèse d’une jeune docteure vétérinaire, Marjolaine Baron : « La zoophilie dans la société : quel rôle le vétérinaire peut-il tenir dans sa répression ? » « Notre objectif n’est pas de nous ériger en police des bonnes mœurs, mais de nous préoccuper des animaux victimes d’agressions sexuelles, dans l’incapacité de dire non », précise Benoît Thomé, président d’Animal Cross et rédacteur du rapport.

150 000 adeptes

Celui-ci révèle l’ampleur « catastrophique et affolante » d’une pratique qui, si elle ne « date pas d’hier », s’est considérablement développée avec Internet et les supports numériques. L’association estime ainsi à 1,6 million le nombre de visites d’internautes français enregistrés, chaque mois, sur les sites spécialisés diffusant des vidéos zoophiles – ce chiffrage n’a pas pris en compte le trafic des nombreux tubes pornographiques « généralistes » qui proposent, eux aussi, cette thématique. « Quelques secondes, un ou deux mots clés sur les moteurs de recherche suffisent pour accéder gratuitement à ces sites ; la plupart ne prennent même pas la peine de vérifier que l’utilisateur a plus de 18 ans », déplore l’enquête d’Animal Cross. « Il existe donc un voyeurisme massif de personnes consommant de la zoo-pornographie », en déduit son auteur, qui évalue à 150 000 le nombre d’adeptes français de la zoophilie, dans notre pays.

Combien passent à l’acte ? Difficile à évaluer, en l’absence de données scientifiques fiables, les enquêtes officielles sur la sexualité des Français s’abstenant d’aborder ce sujet scabreux. Animal Cross s’est donc employé à recenser le nombre de personnes qui échangent sur les forums et les sites de petites annonces spécialisés. Elle situe « autour de 10 000 » l’effectif de cette communauté active. Un nombre qui ne ferait que croître avec les forums et les formats numériques. « La zoophilie est souvent présentée comme la nouvelle expérience sexuelle à découvrir absolument », note le rapport, qui déconstruit, au passage, quelques idées reçues. Cette pratique ne concerne pas seulement le valet de ferme ou des personnes isolées en situation de misère sexuelle. « Le faute de mieux est une motivation minoritaire ; pour la plupart des zoophiles, cela tient du choix délibéré », souligne Benoît Thomé. Les zoophiles sont souvent jeunes et de sexe masculin.

Du voyeurisme au sadisme

Le président d’Animal Cross en établit une sorte de cartographie, des « voyeuristes passifs », consommateurs de vidéos, aux « zoo-sadiques », qui pratiquent la torture sur leur proie, parfois jusqu’à sa mise à mort ; entre les deux, des pratiques graduées qui vont de la caresse au rapport sexuel intégral. « Les zoophiles classiques réfutent toute idée de sévices, assimilant leur perversion à un acte d’amour, en opposition aux sadiques qu’ils assimilent à de mauvais zoophiles », observent les militants de l’association. Ces derniers n’y voient que de la « souffrance et de la maltraitance » fondées sur une situation de « rapport de force » et de « dépendance ». Ils notent, au passage, un nouveau type de discours appelant à « la tolérance » et à « l’éveil », ou s’appuyant sur les théories antispécistes. Le rapport étrille le philosophe Peter Singer et les justifications qu’il a pu en donner : « La zoophilie menace l’idée de notre supériorité sur les animaux. Évidemment que certaines formes d’interactions avec les animaux peuvent être cruelles. Mais vous pouvez aussi trouver des situations dans lesquelles les animaux sont libres d’aller et venir, sans être attaqués d’aucune manière. »

Un problème de santé publique

Considérée dans la tradition judéo-chrétienne comme « un péché de bestialité contre nature », la zoophilie est condamnée et réprimée depuis des siècles. En 1532, déjà, sous Charles Quint et l’empire de la Lex Carolina, cette pratique contre nature était punissable. « La société condamne la zoophilie parce qu’elle abaisse l’homme au niveau de l’animal », souligne l’avocat américain Steven Wise, connu pour son combat en faveur des droits fondamentaux des grands singes, dans son livre Tant qu’il y aura des cages (2000, Septentrion, presses universitaires).

La ratio legis française (la justification de la loi) « vise plutôt à protéger les bonnes mœurs contre les actes jugés dépravés, en aucun cas à protéger les animaux », confirment en le regrettant les militants d’Animal Cross. « Outre les souffrances qu’elle provoque, la zoophilie constitue un problème sanitaire grave, pour les animaux comme pour les hommes », insistent-ils ; ils évoquent tout à la fois les « lésions multiples » que ces « pratiques bestiales peuvent générer », et les risques de maladies vénériennes qu’elles font courir aux humains. Une étude brésilienne fait apparaître que 45 % des personnes atteintes d’un cancer pénien ont admis avoir eu au moins un rapport sexuel avec un animal. « La zoophilie demeurant tabou, on ne trouve aucune étude sur la transmission de maladies entre les humains et les animaux, lors de relations sexuelles inter-espèces », s’inquiète l’enquête, qui souligne une « prévalence importante » des maladies sexuellement transmissibles, chez les zoophiles, et donc « une préoccupation de santé publique ».

« Renforcer la législation »

Autre risque pointé : celui des déviances. « Une paraphilie se déclare rarement seule. […] La zoophilie, les actes de bestialité prédisposent les individus aux violences interhumaines. […] Ils doivent servir de sonnette d’alarme pour prévenir les comportements nuisibles, notamment la pédophilie. Les vétérinaires ont un rôle important dans ces interventions », lit-on dans le rapport.

Dans ses conclusions, l’auteur émet une série de propositions législatives visant à renforcer l’arsenal répressif, à l’encontre des zoophiles, comme on l’a vu récemment en Allemagne. Trop d’affaires font encore l’objet d’un classement sans suite, faute de preuve ou en opportunité. Et quand des peines sont prononcées, elles se limitent le plus souvent à du sursis, regrette Benoît Thomé. L’article 521-1 du Code pénal punit de deux ans d’emprisonnement le fait d’exercer des sévices graves ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal. Des termes qui mériteraient d’être « précisés, gradués et étendus », plaide l’association, favorable à l’ajout de circonstances aggravantes en cas de mort de l’animal ou d’« incompatibilité anatomique majeure ». Animal Cross propose encore de renforcer la législation en vue de protéger les mineurs des images zoophiles ; d’interdire purement et simplement – et donc réprimer – leur fixation, leur enregistrement et leur diffusion ; de proscrire les petites annonces et d’assimiler au « cyberproxénétisme » la vente de services sexuels mettant en jeu un animal. « Nous considérons qu’à terme les animaux devraient bénéficier de la même protection juridique que les mineurs », conclut le président d’Animal Cross. Évoquant un « non-consentement par nature », il milite pour « un élargissement du droit des atteintes sexuelles à la zoophilie ».

Pour mener son combat, Animal Cross pourra s’appuyer sur le député du Nord Dimitri Houbron (LREM), lequel travaille à une proposition de loi reprenant l’ensemble de ces dispositions, en vue de « briser la diffusion des contenus zoophiles, démanteler les réseaux, renforcer les notions juridiques renvoyant aux sévices de nature sexuelle sur les animaux et augmenter les sanctions à l’encontre des auteurs ».

Source : LEPOINT

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