Une ligne d’écoute pour les pédophiles lancée pour prévenir les passages à l’acte

Effective dès mercredi, la ligne d’écoute est l’une des 22 mesures du plan de lutte contre les violences faites aux enfants dévoilées ce mercredi. Mathieu Lacambre, psychiatre dans l’un des centres pilotes, nous explique ce nouvel outil de prévention contre la pédophilie.

Les couloirs aseptisés sont les mêmes que ceux de n’importe quel hôpital. Une ligne continue de murs blancs entre lesquels vont et viennent des médecins aux pas pressés. Mais Mathieu Lacambre, psychiatre au Centre de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) de Montpellier, a lui eu besoin de temps pour faire reconnaître la nécessité d’une ligne téléphonique à destination des adultes attirés par les enfants.

C’est, selon les informations de BFMTV, l’une des 22 mesures retenues dans le plan de lutte contre les violences faites aux enfants que doit dévoiler ce mercredi matin par le secrétaire d’Etat Adrien Taquet. 

Agir « en amont du passage à l’acte »

Depuis une salle de consultation, ce responsable de l’un des CRIAVS pilotes de l’expérimentation nous expose l’enjeu principal de ce nouveau numéro d’écoute: diriger la personne attirée sexuellement par un mineur vers du personnel compétent « en amont du passage à l’acte ».

Confidentielle et non surtaxée, la ligne – 0.806.23.10.63 – accessible dès ce mercredi de 9 à 17 heures permet, après une brève évaluation, de proposer un rendez-vous avec un psychologue, un psychiatre, un sexologue, un groupe de parole ou une thérapie familiale. « Sept à huit fois sur dix, ça se joue dans la famille et neuf fois sur dix l’agresseur est connu », rappelle le psychiatre.

Une difficile prise en charge

Voyeurisme, consultation de site pédopornographique, exhibitionnisme… Face à cette palette de « troubles paraphiliques » – l’ensemble des comportements sexuels déviants -, la première étape est de prendre conscience du problème. La seconde est d’en parler. Mais faut-il encore alors trouver le bon interlocuteur. 

Hervé*, père de quatre enfants, est suivi au CRIAVS de Montpellier depuis plusieurs années. Lorsqu’il a pris conscience de son attirance sexuelle pour les jeunes garçons, le sexagénaire a consulté un psychologue.

Mais ce dernier a fini par le raccompagner à la porte de son cabinet: « Il m’a dit qu’il ne pouvait plus rien pour moi ». Les poings serrés, il se souvient avoir « cherché des centres spécialisés, mais je n’ai pas trouvé ». 

« Contenir la menace »

Son trouble s’est développé sur des photos d’enfants sur « papier glacé ». Puis l’offre en ligne est arrivée. « Ce qui m’a tué c’est internet, d’avoir accès aussi facilement à ces corps nus. C’était une addiction », se remémore-t-il. Depuis le début de sa thérapie au CRIAVS, le père de famille se trouve « moins contraint par ses pulsions ». Prudent, il continue toutefois d’éviter les lieux publics avec des enfants. « C’est comme un alcoolique, il ne faut surtout pas qu’il rentre dans un café. »

Mais le travail thérapeutique, accompagné d’un traitement médicamenteux et de séances de groupes de parole lui permettent « de contenir le risque, la menace ». Tout en « assumant » ses actes, il affirme qu’une ligne téléphonique aurait pu être « un garde-fou ».

Combien de personnes, comme Hervé, auraient besoin de ce premier accès vers les soins ? Diverses études, indique Mathieu Lacambre, montrent qu’entre « 5 et 20% » de la population ont « ponctuellement une pensée à connotation sexuelle sur des enfants ». « Ce qui est beaucoup », ajoute le psychiatre. Et ce qui représente autant de personnes qui pourraient potentiellement bénéficier de ce  numéro d’écoute. 

La France en retard

Expérimenté pendant trois mois dans six sites pilotes dont celui de Montpellier, le praticien espère ensuite une généralisation du dispositif sur les 24 CRIAVS du territoire. « Car nous sommes en retard. » Un outil semblable existe depuis 1992 en Angleterre et 2005 en Allemagne. En France, la prévention en matière de violences sexuelles sur les mineurs est encore un sujet difficile à aborder, selon lui, à cause de « la dimension émotionnelle qui vient obturer la réflexion ».

« Pourtant, après le temps des victimes, il faut s’intéresser aux auteurs, sinon ils poursuivent leur trajectoire. Là où la guérison est incertaine, en particulier pour les victimes, la prévention est plus sûre », explique le spécialiste. 

Plaidant pour « une politique volontariste » afin de lever les tabous, cette ligne téléphonique, lancée sur leurs fonds propres, est une première victoire aux yeux de Mathieu Lacambre. Et Hervé de conclure en s’adressant aux personnes en proie aux mêmes déviances que lui: « Tout ce que vous risquez, c’est de sortir de cet enfermement dans lequel vous vous trouvez ».

Source : ICI

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