Un tweet de Donald Trump enflamme l'Afrique du Sud -

Un tweet de Donald Trump enflamme l’Afrique du Sud

donald-trump-64.jpg

Le président américain Donald Trump. Photo : Reuters/Kevin Lamarque

 

L’Afrique du Sud a vivement reproché jeudi à Donald Trump d’alimenter les tensions raciales sur son sol après un de ses tweets, où il s’inquiète des « expropriations » et « meurtres de grande ampleur » qui visent selon lui les fermiers blancs sud-africains.

Agence France-Presse

Le commentaire du président américain a enflammé le débat sur un projet de réforme agraire controversé qui agite l’Afrique du Sud, toujours profondément divisée un quart de siècle après la chute du régime raciste de l’apartheid.

La polémique est partie mercredi soir d’une nouvelle saillie électronique du locataire de la Maison-Blanche. « J’ai demandé au secrétaire d’État @SecPompeo d’étudier de près les saisies de terres et de fermes, les expropriations et les meurtres de grande ampleur de fermiers en Afrique du Sud », a écrit Donald Trump sur son compte Twitter.

« Le gouvernement sud-africain saisit actuellement des terres appartenant aux fermiers blancs », a-t-il ajouté, en s’inspirant d’une émission sur l’Afrique du Sud diffusée par la très conservatrice chaîne de télévision Fox News.

À la veille des élections générales de 2019, le président sud-africain Cyril Ramaphosa veut accélérer la réforme de la terre, afin de « réparer l’injustice historique grave » commise à l’endroit de la majorité noire pendant la période coloniale et l’apartheid.

Sans surprise, les autorités de Pretoria ont promptement réagi au tweet présidentiel.

« Des propos malheureux »

« L’Afrique du Sud rejette totalement cette vision étroite qui ne vise qu’à diviser la nation et à nous rappeler notre passé colonial », a écrit son gouvernement sur Twitter, avant de promettre que sa réforme agraire serait « prudente et inclusive ».

La ministre des Affaires étrangères Lindiwe Sisulu a déploré les propos « malheureux » de Donald Trump, fondés « sur de fausses informations » et a demandé des « clarifications » à Washington.

« Ne touchez pas aux affaires sud-africaines ! », a lancé au président américain le chef des Combattants pour la liberté économique [EFF, gauche radicale], Julius Malema.

« Nous n’avons pas peur de vous », a-t-il ajouté, le qualifiant de « menteur pathologique ».

La controverse a affecté jeudi le rand sud-africain, qui a perdu jusqu’à près de 2 % dans la matinée par rapport au dollar américain, avant de se reprendre.

La réforme agraire sud-africaine

Gros plan de Cyril Ramaphosa

Cyril Ramaphosa, alors vice-président de l’Afrique du Sud, lors d’une rencontre préparatoire pour le Forum économique mondial à Johannesburg, le 18 janvier 2018 Photo : Getty Images/Gulshan Khan

La réforme de M. Ramaphosa vise à rectifier les déséquilibres fonciers en Afrique du Sud, où la minorité blanche (8 % de la population) possède 72 % des fermes contre 4 % seulement aux Noirs (80 % de la population), selon le gouvernement.

Pour y remédier, le président a notamment décidé d’exproprier de grands fermiers sans les dédommager et a souhaité pour cela amender la Constitution.

La discussion est en cours, mais, contrairement à ce qu’a affirmé M. Trump, le projet n’a pas encore été mis en oeuvre.

Mercredi encore, le chef de l’État sud-africain a confirmé devant le Parlement son intention de procéder à des « expropriations sans indemnisations », mais a rejeté toute nationalisation et promis de « renforcer les droits de propriété ».

Des clivages historiques

De nombreux Noirs saluent sa réforme, mais les Blancs s’en inquiètent ouvertement. Ils redoutent la répétition des expulsions violentes commises de fermiers blancs ordonnées au début des années 2000 au Zimbabwe voisin par le régime de Robert Mugabe.

Robert Mugabe, le mine sérieuse, est assis sur un fauteuil luxueux. Il porte des lunettes-soleil et un complet.

Robert Mugabe. Photo : Reuters/Siphiwe Sibeko

La minorité blanche dénonce également les violences dont sont régulièrement victimes les agriculteurs dans les zones rurales du pays, une question très controversée.

Un total de 74 fermiers, selon la police, ont été tués entre 2016 et 2017 en Afrique du Sud, pour la quasi-totalité des Blancs, selon l’organisation AfriForum qui défend cette minorité.

Mercredi, Cyril Ramaphosa avait accusé AfriForum de « répandre mensonges et rumeurs » en affirmant « à l’étranger que l’ANC voulait procéder à des expropriations massives ».

Son vice-président David Mabuza a renchéri jeudi en s’en prenant « à ceux qui déforment le sens de notre réforme agraire à l’étranger et répandent des contrevérités sur les « fermiers blancs » menacés par leur propre gouvernement ».

Soutien international

À l’inverse, le patron d’AfriForum, dont une délégation a récemment fait une tournée de promotion aux États-Unis, s’est réjoui de l’intervention de Donald Trump.

« Nous avons besoin d’un soutien international […] pour éviter une situation où nos dirigeants engageraient une politique économique catastrophique identique à celles que l’on a vues au Vénézuéla ou au Zimbabwe », a déclaré Kallie Kriel à l’AFP.

Très sensible, la question de la terre avait déjà suscité en mars dernier une polémique entre l’Afrique du Sud et l’Australie.

Un ministre du gouvernement de Canberra s’était attiré les foudres de Pretoria en offrant d’accueillir les agriculteurs sud-africains blancs à ses yeux « persécutés » dans leur pays.

Source : ICIRADIOCANADA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

RSS