Préfecture de police : un journaliste sanctionné pour avoir évoqué un attentat islamiste ? -

Préfecture de police : un journaliste sanctionné pour avoir évoqué un attentat islamiste ?

Peut-on reprocher à un journaliste d’avoir fait son travail ? C’est la question que se pose Force ouvrière, dans un communiqué publié le lundi 7 octobre. Selon le syndicat, Clément Weill-Raynal, qui travaille au sein du groupe France Télévisions, a été convoqué par sa hiérarchie pour sa couverture de l’attaque à la préfecture de police de Paris.

Quelques heures après les faits, le journaliste évoque notamment à l’antenne « l’hypothèse d’un acte motivé par l’islam radical ». Selon FO, il serait désormais menacé de sanctions pour avoir évoqué « de manière prématurée » la possibilité qu’il s’agisse d’un attentat.

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Contacté par Le Point, Clément Weill-Raynal, qui se dit « effaré » par la tournure que prend l’affaire, revient sur les événements du jeudi 3 octobre. Le journaliste est l’un des premiers à arriver sur les lieux de la perquisition au domicile du tueur avec son équipe, ils ont pour mission d’alimenter les antennes de France 2, France 3 et de Franceinfo qui a basculé en édition spéciale, ce qui implique notamment plusieurs directs au téléphone. Grâce « à des informations recueillies sur le terrain », le reporter est notamment le premier à révéler à l’antenne que le tueur de la préfecture était « converti à l’islam ».

Un « défaut de maîtrise à l’antenne » ?

Mais, comme l’indique le communiqué du syndicat, le professionnel a été convoqué à plusieurs reprises dès le lendemain de l’attaque : « Au fil des entretiens, qui se sont déroulés dans une ambiance chaque fois plus orageuse, notre confrère s’est vu reprocher un « défaut de maîtrise à l’antenne », en particulier d’avoir trop tôt évoqué « l’hypothèse » d’un attentat terroriste d’inspiration islamiste, ce qui, pour sa direction, constituerait une « faute ». » La direction aurait évoqué, selon le syndicat, de possibles « sanctions » comme une « interdiction d’antenne ». Deux tournures de phrase sont en cause, nous explique celui qui avait filmé le « mur des cons » : d’abord « l’auteur de ce qui semble bien être un attentat » puis, plus tard dans la journée, « l’hypothèse d’un attentat islamiste ».

Clément Weill-Raynal explique lui n’avoir « fait que [son] travail », d’abord en mentionnant certes un « attentat », mais sans le qualifier – « Il me semble que quand on poignarde quatre policiers, c’est un attentat » –, et ensuite, en ne faisant qu’une « hypothèse », sur la base de ce qu’il a pu recueillir sur le terrain et qui sera d’ailleurs vérifiée le lendemain. Pour Force ouvrière, ces « menaces et ces mises en cause sont injustifiables » et le syndicat évoque des « pressions » qui « relèvent de l’intimidation et du procès d’intention ». Il se demande si « la démarche de la direction de l’information à l’encontre de ce journaliste ne traduit pas une incapacité à discerner la réalité de l’information ». Le communiqué conclut qu’après l’écoute « attentive » de l’édition spéciale de Franceinfo, « aucune faute professionnelle ne peut être reprochée » à ce confrère. « J’ai évoqué une hypothèse et, aujourd’hui, on me parle de faute professionnelle, c’est kafkaïen », conclut le journaliste.

Du côté de la direction de l’information de France télévisions, on explique que le journaliste a reçu un simple « rappel à l’ordre » pour des « consignes pas respectées » concernant notamment le partage des informations. On évoque un problème de cohérence des antennes de France télévisions, un problème de « forme plus que de fond ». Pour la direction de l’information : « Sur des sujets sensibles comme celui-ci, nous devons être très vigilants, il faut qu’on ait une maîtrise de l’antenne. L’information de service public se doit d’être exemplaire. »

Source : LEPOINT

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