“Macaques”, “tapettes”, “ça pue ici”: une policière qui insulte des passants fait annuler sa sanction -

“Macaques”, “tapettes”, “ça pue ici”: une policière qui insulte des passants fait annuler sa sanction

Une agente de police d’Anderlecht qui avait proféré des insultes, notamment racistes, à l’égard d’Anderlechtois lors d’une patrouille en 2018 s’en tire à bon compte, relate Het Laatste Nieuws. L’une des policières sanctionnées suite à des images accablantes a contesté sa suspension et sa rétrogradation, et elle a finalement obtenu gain de cause: elle profite d’un vice de forme dans la procédure à son encontre. L’affaire, également révélée par la DH, provoque l’indignation jusque dans les rangs politiques.

“Douloureux. Car cela ne fait pas de bien à l’image de la police”, regrette Jurgen De Landsheer, chef de corps de la police zone Midi (Anderlecht, Saint-Gilles et Forest), au sujet du dossier de l’un de ses inspecteurs. Le prédécesseur du chef de corps avait lui-même suspendu les policières concernées sur le champ et retenu 25% de leur salaire brut pour une durée d’un mois. La sanction définitive était tombée un peu plus tard: rétrogradation de salaire, une sanction disciplinaire lourde, juste en dessous du licenciement. Mais l’une des policières ne s’est pas laissé faire et a obtenu gain de cause.

“Des faits qui pourraient provoquer des manifestations hostiles”

Tout a commencé le lundi 22 octobre 2018, par un rapport d’un commissaire auprès de l’ancien chef de corps de la zone de police, Patrick Evenepoel. Le commissaire décrit alors “des faits extrêmement graves qui pourraient provoquer des ennuis considérables à la zone de police”. Le responsable évoque en réalité un film, qu’il joint à son rapport. Sur les images, deux policières en patrouille à Cureghem, un quartier anderlechtois souvent théâtre de tensions voire d’émeutes. L’inspectrice Cindy B. est au volant du véhicule de police, sa collègue sur le siège passager. Dans les enceintes, résonne de la musique techno très bruyante. Cindy B. et sa collègue chantent et paradent dans les rues à bord de leur véhicule en se déhanchant en rythme. Une fois sur la place Lemmens, l’une des deux chante, fenêtres ouvertes: “Lemmens Lemmens, tous des macaques. Lemmens, on n’a pas peur. Fuck you!”.

Plus loin dans la vidéo, la patrouille passe du côté de la station Clémenceau. Le tour des quartiers se poursuit dans le même ton, non loin de la maison communale d’Anderlecht. C’est là que les agentes croisent un petit groupe sur la rue. “Putain, bande de tapettes”, entend-on dire depuis le véhicule de police. Les policières s’esclaffent de leur “blague”. Un peu plus loin, rue de Fiennes (direction place Albert), l’inspectrice assise sur le siège passager chante en rythme sur la musique: “Place Albert, ça pue ici!”.

Un mois de suspension

“La musique forte, les pas de danse et leur attitude ne sont pas passés inaperçus”, rappelle le commissaire dans son rapport à son supérieur hiérarchique. Il évoque un comportement “inadmissible”, et soulève le racisme et la xénophobie des propos de ses subalternes. Il redoute qu’en cas d’absence de sanction, “cette vidéo donne lieu à des manifestations hostiles dans les quartiers sensibles d’Anderlecht”. Devant la gravité des faits, son chef n’hésite pas: il prononce une suspension temporaire avec effet immédiat pour une durée d’un mois, ainsi qu’une retenue de salaire de 25% pour la même durée. La sanction disciplinaire tombe un peu plus tard: les inspectrices sont définitivement rétrogradées sur l’échelon salarial. L’inspectrice qui était sur le siège passager lors des faits ne conteste pas et finit par quitter le corps de police. Elle aurait cependant retrouvé une autre fonction ailleurs au sein de la police.

Pour pouvoir adapter la procédure discipli­nai­re, il faut que la Ministre et les syndicats nous en donnent les moyensle chef de corps de la zone Midi

“La suspension est une atteinte à mon honneur”

Mais Cindy B., qui était au volant lors des faits, n’a pas l’intention d’accepter la sanction disciplinaire et va jusqu’au Conseil d’État pour défendre sa cause. Elle argumente que sa suspension est une atteinte à sa réputation et son honneur. Elle plaide le fait que son salaire ainsi amputé l’empêche de régler toutes ses factures et que la première victime de cette affaire est… son chien policier. Le Conseil d’État ne suit pas son argumentaire.

Mais l’inspectrice parvient malgré tout à faire annuler sa rétrogradation salariale. En effet, le droit disciplinaire s’inscrit dans des délais relativement stricts. Si ces délais sont dépassés, les sanctions deviennent caduques. C’est précisément ce qui a profité à la jeune policière: le Conseil d’État a constaté que Cindy B. avait bien été notifiée de sa sanction trois jours après la date légale. Résultat, elle récupère son salaire et c’est la police d’Anderlecht qui devra couvrir tous les frais de justice et d’avocat de son employée. Dernier point: elle récupèrera très probablement le salaire qui lui avait été prélevé et ce, avec effet rétroactif. Cindy B. est par ailleurs actuellement toujours en service à la police de la zone Midi.

Le parquet de Bruxelles, qui avait été averti des faits, aurait également pu ouvrir une enquête: l’incitation au racisme est un délit punissable. Mais le dossier a été classé.

Le chef de corps plaide pour des licenciements immédiats

Le nouveau chef de corps de la zone est dans l’embarras face à cet épineux dossier. Si la justice a donné raison à l’inspectrice, il plaide désormais pour que les procédures disciplinaires soient revues. “Il arrive trop souvent que des policiers sanctionnés s’en sortent en toute impunité, principalement parce que les délais prévus par le droit disciplinaire n’ont pu être respectés. Que ces gens aient commis des faits parfois graves, on s’en fiche. C’est pour cela que je souhaite que l’on puisse licencier sur le champ les agents ayant fait preuve d’une faute professionnelle indubitable. Mais pour ce faire, il nous faut les outils nécessaires de la part de la Ministre, mais aussi des syndicats”, résume-t-il.

Émoi dans la classe politique

“Toute la lumière doit être faite sur cette affaire et des sanctions doivent être prises”, réagi le cdH dans un communiqué. “Ce qui pue, c’est cette attitude. Choquante. Honteuse. Condamnable. Et devant être sanctionnée par les autorités locales concernées », écrit le président du parti centriste Maxime Prévot sur Twitter.

“Ce sont des faits d’une gravité extrême qui sont relatés. Je demande que cette affaire soit mise à l’ordre du jour de notre prochain conseil de police lundi prochain pour que nous puissions faire toute la transparence et envisager des sanctions”, souligne Sofia Bennani (cdH), conseillère de police dans la zone Midi.

Le député humaniste au Parlement bruxellois Pierre Kompany souhaite quant à lui convoquer en urgence la commission Intérieur de l’assemblée régionale. “Trop de faits de racisme sont relatés dans le chef de certains policiers. Après l’affaire Ibrahima et au vu des émeutes qui ont eu lieu, il y a clairement une rupture de confiance envers la police. Il nous faut à tout prix la restaurer et le dialogue est une voie essentielle”, estime-t-il.

Le président de la Fédération bruxelloise du PS, Ahmed Laaouej, a lui aussi réagi sur Twitter. “Tout y passe : racisme, insultes homophobes et autres propos indignes de la fonction de police. Cela ne peut qu’attiser les tensions sur fond d’amalgames. Madame la ministre de l’Intérieur, il nous faut un projet national de réconciliation et d’apaisement, et vite”, écrit-il sur le réseau social.

“Ceci mérite une sanction sévère. Mon groupe politique interpellera le Collège de police de la zone Midi sur cette affaire inqualifiable”, y ajoute la députée bruxelloise Fadila Laanan.

Source : 7SUR7

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