La fête musulmane du sacrifice sans abattoir à Charleroi: “Avec ou sans autorisation” -

La fête musulmane du sacrifice sans abattoir à Charleroi: “Avec ou sans autorisation”

L’Aïd el-Kebir a débuté aujourd’hui en Belgique. Il s’agit de la fête du sacrifice qui reste sacrée aux yeux de la communauté musulmane. Concrètement, un animal (généralement, un mouton) est égorgé pour commémorer la soumission d’Ibrahim à Allah. Ensuite, la viande est partagée avec les plus pauvres. En Wallonie, plusieurs règles encadrent la pratique. La présence d’abattoirs agréés aide à leur respect. Mais à Charleroi, le seul abattoir de la région a fermé ses portes le 30 juin dernier.

“Je sais qu’énormément de gens font l’abattage du mouton chez eux avec ou sans autorisation de la commune. Et une très grande partie sont en vacances” nous renseigne un boucher halal de la région de Charleroi. D’après lui, peu de citoyens musulmans prennent l’habitude de se rendre dans un abattoir. D’ailleurs, notre interlocuteur n’était même pas au courant que le seul abattoir carolo n’existait plus depuis peu.

“Pour recevoir l’autorisation de la commune, il faut prouver que l’espace suffisant est disponible: une cour ou un jardin fait l’affaire. Ensuite, il est obligatoire de déposer les peaux et autres déchets dans les conteneurs spécialement mis en place pour l’occasion”.

D’autres préfèrent faire un don pour les gens dans le besoin au lieu de sacrifier une bête. Il n’empêche que la disparition de l’abattoir pour cause de faillite est une barrière au respect de la législation wallonne qui impose notamment un abattage avec étourdissement ou anesthésie préalable. Sans oublier que cette disparition a un coût sociétal et économique!

Quel avenir?

L’impact est tellement grand que le sujet a été abordé au Parlement wallon le 23 juin dernier. Le député wallon et échevin communal de Charleroi, Nicolas Tzanetatos (MR), s’en est ému auprès du Ministre régional de l’Économie et de l’Agriculture, Willy Borsus (MR): “C’est un des microcosmes de Charleroi qui est ébranlé à l’annonce de cette fermeture de l’abattoir, les travailleurs en premier lieu: cinq ouvriers, deux employés, mais aussi et surtout, les éleveurs qui

Abattoir. Illustration.

Abattoir. Illustration. © Getty Images

se demandent de quoi leur avenir sera fait dans la mesure où les éleveurs qui ont de petites quantités devront trouver des alternatives, parfois lointaines. Ce qui engendrera une augmentation des coûts et va à l’encontre, comme l’a signalé mon collègue Monsieur Hardy, de la vision du monde d’aujourd’hui et de demain qui consiste à favoriser le ‘consommer local’, la proximité”.

La Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA) abonde dans le même sens dans un communiqué de presse: “Si l’on peut comprendre les difficultés de son gestionnaire, nous déplorons cette décision brusque et son impact dramatique tant pour le personnel de l’abattoir que pour les éleveurs qui en étaient clients et les filières qui en dépendaient (…). De manière générale, la FWA plaide depuis des années pour un soutien accru au développement des filières locales et d’outils de transformation de proximité pour permettre de conserver sur notre territoire la plus-value générée par notre production agricole et alimentaire.

Nos éleveurs locaux, pratiquant un élevage en petits volumes et en circuit court, ont grandement besoin des abattoirs locaux.Fédération Wallonne de l’Agriculture

Nous ne pouvons que déplorer cette fermeture brutale, qui vient couper les ailes à un secteur en essor, surtout en ce début d’été, qui est la saison la plus propice à la consommation de nos viandes locales (…). Nos éleveurs locaux, pratiquant un élevage en petits volumes et en circuit court, ont grandement besoin des abattoirs locaux. Devant se rediriger vers des structures plus éloignées, et de plus grande taille, l’abattage sera nettement plus coûteux avec pour conséquence une perte sévère de rentabilité, des transports plus longs et un risque pour la pérennité de leur activité”.

Possibilités envisagées

Willy Borsus n’est pas parvenu à reporter la fermeture de l’abattoir carolo de quelques semaines. Par contre, il a proposé ses pistes de réflexion pour le moyen terme: “On a pu disposer d’une étude approfondie sur le secteur des abattoirs de Deloitte, qui nous a été remise début de cette année, avec l’analyse des capacités – on est en surcapacité aujourd’hui en région wallonne, singulièrement dans le secteur bovin –, avec les investissements à réaliser dans les abattoirs et avec le redéploiement de ceux-ci.

Nous avons alors, de concert avec la ministre Tellier, une étude qui est en cours concernant l’abattage à la fermeWilly Borsus, Ministre wallon de l’Economie et de l’Agriculture

Dans le cadre du redéploiement de ceux-ci, je suis très attentif à ce que vous mentionnez, c’est-à-dire la dimension ‘valorisation de proximité’ qui permet alors à toute la chaîne de valeur et à un certain nombre d’élevages émergents de trouver, dans ce redéploiement, le maillage qui est important. Cela concerne les associations, cela concerne des initiatives à venir. (…) Nous avons alors, de concert avec la ministre Tellier, une étude qui est en cours concernant l’abattage à la ferme, de manière à voir les perspectives et les possibilités”.

Charleroi Métropole ne reste pas non plus les bras croisés. Son président de la conférence des bourgmestres, Paul Furlan (PS), l’a annoncé sur Facebook: “Pourquoi pas des structures plus souples et plus mobiles qui se déplacent chez les éleveurs? Nous allons y réfléchir avec Charleroi Métropole”

Législation wallonne

En attendant, la communauté musulmane de Charleroi s’est débrouillée seule cette année pour l’Aïd el-Kebir. À charge pour elle de respecter les lois en vigueur en Wallonie! Conformément au Code de l’Environnement wallon, tout qui néglige d’étourdir ou d’anesthésier un animal avant sa mise à mort risque huit jours à trois ans de prison et une amende allant de 1.000 euros à un million d’euros.

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