"infaisable", "inefficace", Macron s'est emballé sur le traitement anti-Covid -

« infaisable », « inefficace », Macron s’est emballé sur le traitement anti-Covid

Développé par le laboratoire américain Lilly, le Bamlanivimab bénéficie d’une autorisation temporaire d’utilisation, délivrée par l’Agence Nationale de sécurité du médicament.

Emmanuel Macron est-il allé trop vite au sujet du Bamlanivimab, un traitement monoclonal contre le Covid ? Le président mise beaucoup sur les traitements, rapportait Le Figaro en début de semaine dernière. Au point, selon les Echos, que c’est « le chef de l’Etat lui-même, qui a décelé leur efficacité dans une étude scientifique que ses experts médicaux n’avaient pas pris la peine de relever, laisse fuiter l’Elysée », notait le journal économique.

French President Emmanuel Macron adjusts his face mask to give a joint statement with Moldova’s President before a meeting on February 4, 2021 at the Elysee Presidential Palace in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Mercredi, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) délivrait une autorisation temporaire d’utilisation du Bamlanivimab, le premier anticorps monoclonal contre le Covid autorisé en France, dans un cadre spécifique : une utilisation en monothérapie, c’est-à-dire sans association avec un autre traitement, et avec une dose de 700mg.

« C’est du niveau de l’hydroxychloroquine »

Le lendemain, lors de la traditionnelle conférence de presse hebdomadaire, Olivier Véran annonçait que 83 hôpitaux ont déjà reçu « des milliers » de doses d’anticorps monoclonaux, un « traitement très innovant » qui permettrait de « limiter les risques de survenue de formes graves » chez les publics les plus fragiles. L’idée est séduisante, Emmanuel Macron semble avoir décelé la solution face au Covid.

Problème, plusieurs médecins mettent en avant l’absence de preuve de l’efficacité de ce médicament. « C’est du niveau de l’hydroxychloroquine. Quelqu’un a dit que ça marchait donc on l’utilise. Sauf que non, ça n’est pas efficace », déplore Florian Zorès, cardiologue membre du collectif du Côté de la Science, qui a épluché les données sur le Bamlanivimab.

« Pas d’effet significatif »

« Les résultats disponibles montrent que pris seul, le Bamlanivimab n’a pas d’effet significatif sur la baisse de la charge virale, ni en 700mg, (condition dans laquelle il a eu l’autorisation temporaire d’utilisation, ndlr) ni pour n’importe quelle dose testée », nous explique Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie clinique du CHU de Bordeaux, qui dénonce « la précipitation » des autorités à autoriser ce traitement.

Car pour l’instant, les données sont encore très partielles, seuls les résultats d’une étude de phase 2 ont été publiés. Or, « le but d’une phase 2 c’est d’étudier la faisabilité d’un traitement, en testant des dosages différents par exemple pour voir s’il y a un début d’effet intéressant. C’est la phase 3 qui est dédiée à l’étude de l’efficacité d’un traitement », rappelle le professeur Molimard, également membre du conseil d’administration de la société française de pharmacologie et de thérapeutique.

Les essais de phase 2 confirmés une fois sur deux en phase 3

Des inquiétudes qui ont poussé la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique à partager ses réserves dans un communiqué publié ce lundi. « Les résultats disponibles ne permettent en rien de recommander l’intégration du Bamlanivimab 700 mg en monothérapie dans la stratégie thérapeutique précoce des formes symptomatiques légères à modérées de COVID-19″, écrit la SFPT, qui rappelle qu' »il a été montré qu’en général les résultats prometteurs des phases 2 ne sont confirmés en phase 3 qu’environ 1 fois sur 2 ».

L’autorisation temporaire d’utilisation du traitement concerne les patients de plus de 80 ans et les personnes atteintes de déficits immunitaires du fait de maladies. « Sauf que le médicament n’a pas été testé dans cette population là, qui est plus fragile », pointe du doigt Mathieu Molimard, qui craint de potentiels effets indésirables graves.

« Les patients sont exposés à un risque d’effets indésirables »

Car si l’efficacité du médicament est clairement remise en cause par les médecins, qui réclament davantage d’études avant d’autoriser le traitement, ils s’inquiètent également des conséquences de l’autorisation d’un tel traitement. « En l’absence de preuve, les patients sont exposés à un risque d’effets indésirables ou d’effets délétères et des ressources de soins potentiellement mobilisées de manière indue tant que l’utilité du traitement est inconnue », alerte la Société Française de pharmacologie et de thérapeutique.

Source : YAHOO

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