Été 1911, la canicule oubliée la plus meurtrière en France

Une vague de très fortes chaleurs frappe la France depuis le 11 juillet 2022. On se rappelle la canicule de 2003, qui avait fait 15 000 morts en France. Mais la canicule la plus meurtrière jamais enregistrée dans l’Hexagone, avec plus de 46 000 décès, fut celle de l’été 1911.

En 1911, les Français de la Belle époque ont vécu un épisode caniculaire aussi mortel qu’inhabituel. Tout droit venue des États-Unis, une importante vague de chaleur s’abat sur l’Europe et notamment sur les Pays-Bas, la Belgique mais surtout… la France.

Pendant 70 jours, du 4 juillet au 13 septembre, l’Hexagone cuit à l’étouffée. Avec des températures très élevées, associées à une insolation importante et à une absence totale de pluie, la canicule fait rôtir tout le pays. Après une accalmie toute relative à la fin du mois d’août, elle reprend en septembre pour s’arrêter au milieu du mois.

Plus de 46 000 morts

« Ce sont plus de deux mois d’extrême sécheresse et de températures élevées qu’ont connus les habitants de la France en 1911 », rappelle Catherine Rollet, autrice de La canicule de 1911 : observations démographiques et médicales et réactions politiques (Éditions Belin). Une hausse des températures significative qui touche « la totalité du pays mais plus durement peut-être le nord de la France », ajoute Patrick Zylberman, professeur émérite d’histoire de la santé à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). Les températures atteignent vite les 36 °C et dépassent parfois les 40 °C sans jamais descendre sous les 35 °C.

« En 1911, le pays connaît une vague de chaleur ainsi qu’une épidémie de diarrhée verte qui touche les très jeunes enfants », détaille l’enseignant. Très vite la canicule touche toutes les strates de la société. « Au total 46 719 personnes meurent pendant cette période de fortes chaleurs », précise Patrick Zylberman. Parmi ces victimes, près de 30 000 bébés de moins d’un an, soit « la moitié des nourrissons décédés pendant l’année 1911 ».

Le symptôme très fréquent est la diarrhée. Attisée par les fortes chaleurs, une épidémie de fièvre aphteuse chez les vaches produisant le lait donné aux bébés a provoqué une grave pénurie de lait, d’où le recours à d’autres aliments inappropriés fragilisant les tout-petits en pleine canicule.

Misère et chaleur

Des chiffres ahurissants qui ont cependant différentes explications selon le professeur d’histoire de la santé : « À l’époque, cette chaleur pollue les eaux des boissons, notamment celle utilisée pour les préparations de biberons, explique-t-il. En 1911, on n’avait pas les produits chimiques ni les installations permettant de conserver et protéger l’eau, qui croupissait avec le temps. La chaleur favorise également l’apparition de mouches, qui est vecteur de bactérie en tout genre. Il faut savoir qu’au début du siècle, il y avait 80 000 animaux de bât comme les chevaux, les ânes et mulets. »

Enfin « la promiscuité des logements et le non-traitement des déchets malgré l’apparition des poubelles » ont favorisé la diffusion de microbes polluant l’eau que tout le monde buvait et utilisait en plus grande quantité que d’habitude pour se rafraîchir.

Pour Patrick Zylberman, la mortalité de la canicule de 1911 n’est pas directement due à la chaleur : « Elle est une cause, c’est certain, mais adjacente. La vraie raison de ce lourd bilan c’est surtout la misère. » En réaction, les pouvoirs publics réagissent aussitôt après l’épisode caniculaire en mettant en place une vaste politique de prévention des risques sanitaires à l’égard des bébés.

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