Coronavirus : La nouvelle révolte européenne contre Angela Merkel -

Coronavirus : La nouvelle révolte européenne contre Angela Merkel

Angela Merkel est confrontée à une révolte européenne.

Au cours des dix derniers jours, la politique diplomatique de l’Union européenne, normalement statique, a ressemblé davantage à l’amère partisanerie de Washington. Une réunion des dirigeants européens s’est transformée en une épreuve de force litigieuse de cinq heures, qui s’est terminée par de l’acrimonie et des fuites explosives. Une rhétorique chauffée à blanc, des publicités politiques négatives, des appels publics passionnés et des références amères à la Seconde Guerre mondiale remplissent désormais les journaux européens.

L’étincelle qui a allumé ce feu a été une proposition de neuf États de l’UE, menés par la France, l’Espagne et l’Italie, de procéder à ce que l’on appelle des liens coronavirus, qui permettraient à l’UE de répondre économiquement à la crise. L’initiative a été immédiatement contrée surtout par les États d’Europe du Nord, menés par l’Allemagne de la chancelière Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

À première vue, ce différend sur une obligation semble obscur. Pourtant, il s’agit en fait d’un combat pour l’avenir de l’Europe. La proposition d’obligation européenne commune touche au cœur même de ce à quoi sert l’union européenne. C’est un acte d’unité qui dit qu’en cette période de crise, l’Europe ne se présente pas comme 27 nations séparées mais comme une seule – dans une union. Une obligation européenne commune permettrait de prendre la dette que les différents États européens accumulent pour lutter contre cette crise et d’en faire une responsabilité européenne collective.

L’émission d’obligations a de vastes implications : Pour aller de l’avant, il faudrait accroître considérablement le pouvoir de l’union fédérale. Jacob Funk Kirkegaard, du Peterson Institute, l’appelle le « Hamilton Moment » de l’Europe, en référence à la décision prise par le jeune gouvernement fédéral américain en 1790 de prendre en charge toutes les dettes contractées par les différentes colonies pendant la guerre d’indépendance. Ce fut une étape cruciale vers la création d’un gouvernement central fort à Washington.

La décision de ces neuf pays d’établir un lien commun au sein de l’Union européenne était en fait une révolte contre le statu quo européen. Il s’agissait donc au cœur d’une révolte contre Merkel et contre la dernière décennie d’austérité en Europe.

Merkel a été largement lionisée, tant à l’étranger que chez elle. Un récent portrait d’elle dans le Financial Times louait son approche du nouveau coronavirus au niveau national et expliquait au niveau international qu’elle était devenue un « symbole des valeurs libérales occidentales méprisées par les nationalistes tels que le président américain Donald Trump ».

Mais de nombreux Européens la voient différemment. Merkel est également l’architecte d’une décennie d’austérité dévastatrice qui a causé des ravages économiques et des privations dans une grande partie du continent. Cela a contribué à alimenter la montée des mouvements populistes de droite.

Après la crise économique de 2008, Mme Merkel, en tant que chef de la première économie européenne, a donné le ton. La crise a révélé que la nouvelle monnaie européenne (l’euro) présentait un défaut de conception. Alors que l’Union européenne avait une politique monétaire commune avec sa propre banque centrale, il lui manquait une politique budgétaire commune. L’Union européenne ne pouvait donc pas mettre en place des mesures de relance budgétaire aussi audacieuses que celles prises par les États-Unis et la Chine. Merkel aurait pu faire pression pour cela. Au lieu de cela, elle a exigé l’austérité.

Lorsque l’économie grecque s’est effondrée, au bord de la faillite en 2009, Mme Merkel a fait la leçon aux pays d’Europe du Sud sur la prodigalité. Elle a transformé ce qui était une crise gérable en un choc systémique pour les économies européennes. Incapable d’adopter des mesures de relance nationales puisque les déficits obligatoires de l’euro restent inférieurs à 3 % du PIB, la seule voie à suivre était une austérité écrasante. La Grèce a connu une dépression économique. L’Espagne a vu son taux de chômage grimper à 25 % et l’Italie a vu sa dette atteindre des niveaux insoutenables. C’est pourquoi les économistes se sont ligués les uns après les autres contre l’adoption de l’euro.

Au cours des dernières années, alors que la calamité de l’austérité devenait évidente et que les partis et mouvements populistes sévissaient dans l’UE, les dirigeants politiques européens ont cherché à réformer, poussant à renforcer la capacité de l’UE à stimuler la croissance. L’élection d’Emmanuel Macron en France en 2017 a marqué un tournant. Il avait fait proposition sur proposition. Merkel, cependant, les a toutes refusées.

Avec la crise du coronavirus, il semblait que l’Union européenne avait tiré des leçons. L’Union européenne a suspendu ses règles rigides en matière de déficit. La Banque centrale européenne, malgré un bref faux pas initial, a rapidement annoncé un plan d’aide massif (contrairement à son hésitation en 2008).

Pourtant, sur la question plus large de savoir si l’Europe doit assumer une responsabilité commune pour les dettes contractées lors de la crise, Merkel s’en est tenue à ses principes – c’est un nein.

Pour être juste, l’Allemagne n’est pas le seul obstacle. D’autres gouvernements conservateurs, comme les Pays-Bas, la soutiennent. Mais Merkel porte leur poids. Si elle bougeait, l’Europe bougerait. Merkel a le pouvoir d’unifier l’Europe, de la mettre sur la voie d’une relance économique. Pourtant, elle refuse.

Peu de dirigeants européens dans l’histoire ont eu le pouvoir de faire bouger l’Europe et ont fait si peu. La question est maintenant de savoir si l’union de l’Europe peut survivre à une telle obstination.

Traduit par Dr.Mo7oG pour No Signal Found

Source : WASHINGTONPOST

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