Coronavirus : dans un bidonville de Saint-Denis (93), il faut amener l'eau pour éviter l'hécatombe -

Coronavirus : dans un bidonville de Saint-Denis (93), il faut amener l’eau pour éviter l’hécatombe

« Des conditions sanitaires pires qu’au Sud-Soudan ». Dans les bidonvilles de banlieue parisienne, des ONG se démènent pour installer des points d’eau et éviter que le coronavirus ne provoque une hécatombe dans la communauté rom, qui souffre pour l’heure avant tout de la faim.

Les pieds dans les gravats et la main sur le ventre, Livia Kovaci explique en roumain « ne plus rien avoir à manger ». « L’Etat ne pense pas à nous, il nous laisse mourir ici. Les puissants ont diffusé le virus pour tuer les pauvres », dit la vieille dame, les yeux humides.  

Avant la pandémie, près de 200 personnes vivaient dans ce camp de Saint-Denis, où des rats morts pourrissent au milieu des débris. Quand le virus est arrivé en région parisienne, la moitié des baraques de contreplaqué se sont soudainement vidées, donnant au lieu des allures fantomatiques. 

« Ceux qui pouvaient sont repartis en Roumanie. Depuis le confinement, on n’a plus d’argent », raconte Gheorghe, la trentaine. Selon la préfecture d’Ile-de-France, 20% des 7.000 habitants des 120 bidonvilles recensés ont quitté la région durant la première semaine du confinement.

Le patron de Gheorghe, ouvrier en CDI dans le BTP, a arrêté de le payer. Les autres occupants, qui survivent d’ordinaire grâce à la manche et à la ferraille, ne peuvent plus sortir. « Ici, tout le monde a plus peur de la faim que du virus », résume le jeune homme.   

Mais pour les autorités et les ONG, qui ont mis en place une aide alimentaire un peu partout en France, la principale crainte est celle d’une propagation du virus. Et la priorité d’installer des points d’eau, de distribuer des kits d’hygiène, et de permettre à ces populations de consulter un médecin.

– Préservés « grâce » à l’exclusion –

« Le racisme et l’exclusion a préservé les habitants des squats et bidonville, du moins pour un temps. Quand il va y avoir des cas, ça va aller très vite. Les gens souffrent pour beaucoup de maladies chroniques et vivent entassés dans leurs baraques, avec un accès réduit à l’eau », décrit Adeline Grippon, coordinatrice de la mission banlieue Ile-de-France pour Médecins du Monde. 

L’association, qui intervient dans de nombreux bidonvilles, a jusqu’ici recensé quelques cas isolés de covid-19, à Montreuil et à Stains.

« Il y a souvent un décalage épidémique dans ce type de communauté. Elle sont frappées plus tard mais la crise sanitaire y est plus grave, on le voit actuellement dans les réserves (indiennes ndlr) aux Etats-Unis », abonde Thierry Benlhasen, directeur des opérations de Solidarités international, qui travaille à l’international dans l’accès à l’eau potable et la promotion des gestes barrière contre Ebola et le choléra.

En Seine-Saint-Denis, l’ONG qui intervient d’ordinaire sur les terrains de conflits ou de catastrophes naturelles dans les pays du Sud, été appelée à la rescousse par Médecins du Monde. 

« On se retrouve sur des sites où les normes humanitaires les plus basiques, celles qu’on impose au Sud-Soudan ou en Afghanistan, ne sont pas respectées… La France est pourtant signataire de ces conventions! », souligne Thierry Benlhasen. 

« On demande aux gens de mettre en place les normes barrières mais il n’en ont pas les moyens », constate l’humanitaire, dont l’ONG a installé deux robinets dans ce bidonville de Saint-Denis. Avant ça, les habitants faisaient 45 minutes de marche aller-retour avec des caddies pour aller remplir des bidons.  

Avant la crise, 80% des squats et bidonvilles recensés par le collectif CNDH Romeurope sur le territoire, ou vivent environ 19.000 personnes, n’avaient aucun accès à l’eau. 

Grâce à la mobilisation de l’Etat et des associations, la situation s’est améliorée, mais les inquiétudes perdurent « dans certains départements d’Ile-de-France, dans le Nord et à Lyon », note Clémentine Sinquin déléguée générale de ce collectif qui a tiré le signal d’alarme mi-mars.

Un appel entendu. « En Seine-Saint-Denis, la préfecture fait pression sur les mairies récalcitrantes pour installer des points d’eau », se réjouit Adeline Grippon. « Pour la première fois, elle va dans le sens de ces populations. »

Source : ORANGE

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