Coronavirus : « Agnès Buzyn nous a fait perdre deux mois décisifs » -

Coronavirus : « Agnès Buzyn nous a fait perdre deux mois décisifs »

Pour Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat professionnel infirmier SNPI, la pénurie de masques est un « scandale d’Etat » .

L’annonce ce samedi par le ministre de la santé, Olivier Veran, d’une commande de 250 millions de masques est-il de nature à rassurer les infirmiers et infirmières en premier ligne face au Coronavirus?

Thierry Amouroux. Depuis fin février, nous avons entendu des annonces du Premier ministre, du ministre de la santé, du directeur général de la santé et à la date d’aujourd’hui, nous n’avons encore rien vu arriver. Nous serons rassurés le jour où ces masques seront distribués dans les hôpitaux. Agnès Buzyn, qui raconte avoir compris avant tout le monde la portée de l’épidémie en Chine en décembre, qui prétend avoir alerté le premier ministre sur le risque de pandémie, ne s’est même pas renseignée sur le stock de masques de la réserve sanitaire ! Elle nous a fait perdre deux mois décisifs. Au moins, Olivier Véran qui lui a succédé a eu le bon réflexe en lançant des commandes. Mais notre technostructure est lourde et les restrictions ne vont, hélas, pas être levées en un jour.

Qu’en est-il de ces restrictions ?

C’est toujours le même régime. Les masques FFP2 sont distribués au compte-goutte pour les unités de la première ligne (réanimation, maladies infectieuses et pneumologie). Quant aux masques chirurgicaux, c’est 2 masques par prise de poste en CHU et dans les autres hôpitaux un par jour. Autant dire, que faute de les renouveler dans la journée, on risque d’être infectés et de contaminer à notre tour. Nous avons de personnels qui sont malades. Les soignants sont en colère. Mais quand ils l’expriment publiquement, via une vidéo, ils sont l’objet de représailles, ils sont convoqués par leur direction et menacés de sanctions disciplinaires.

Les syndicats, les professionnels ne disposaient-ils pas d’information sur le stock de la réserve sanitaire ?

Nous étions tous persuadés que nous disposions d’une réserve stratégique adaptée et, voilà qu’à la lumière de cette pandémie, nous découvrons qu’il n’en est rien. Nous avons dénoncé, sans relâche, les économies réalisées dans le système hospitalier. Mais comment aurions-nous pu deviner que depuis plus de 8 ans, les ministres de la santé successifs ne se sont pas demandés s’il fallait relancer les achats ? Personne n’a osé dire tout haut « et si une pandémie survenait » ? Un tel degré d’incurie ne nous est même pas venu à l’esprit. Cette pénurie en France est un scandale d’Etat, comme l’a été l’affaire du sang contaminé. 600 médecins ont déjà déposé plainte. Notre syndicat fera de même, lorsque la crise sera terminée.

Aujourd’hui dans les hôpitaux, l’activité des services qui ne sont pas de première urgence a été arrêtée pour libérer des lits accueillant des malades du Covid-19. Cette réorganisation dégage-t-elle aussi du personnel infirmier en nombre ?

La norme est de 2 infirmiers pour 30 patients dans une salle classique. Mais il faut le personnel de trois salles pour constituer l’effectif d’une salle « Covid ». Ces personnels viendront en renfort mais ils ne pourront, en revanche, pas se substituer au personnel très spécialisé des services de réanimation.

Source : L’OBS

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