Cohn-Bendit : « J'ai supplié Macron de suspendre les municipales », ultime changement de position de la part du pédophile présumé -

Cohn-Bendit : « J’ai supplié Macron de suspendre les municipales », ultime changement de position de la part du pédophile présumé

Confiné à Francfort, en Allemagne, Daniel Cohn-Bendit garde un œil sur la gestion française de la crise sanitaire du Covid-19. Pour lui, la décentralisation explique en partie la meilleure gestion des hôpitaux outre-Rhin.

Et s’il déclare avoir tenté jusqu’au bout de convaincre Emmanuel Macron de reporter le premier tour des élections municipales, il critique fortement ceux qui, dans l’opposition, ont dénoncé son maintien après avoir fait pression pour. Pour lui, la crise est mieux gérée politiquement en Allemagne, car tous les partis sont associés de manière transparente aux décisions importantes du gouvernement et seront donc tenus responsables en cas d’échec. Entretien franco-allemand.

Daniel Cohn-Bendit : Au début de la crise, des critiques se sont fait entendre en Allemagne, comme en France, contre la gestion néolibérale de la santé. Résultat des courses, la couverture sanitaire est tout de même plus efficace en Allemagne. Pour moi, ce qui fait une différence fondamentale, c’est que dans l’Allemagne fédérale, les Lander ont leur propre autonomie politicienne et budgétaire. Il y a huit lits pour mille habitants en Allemagne contre trois en France alors qu’il n’y a pas une grande différence de dépenses.

Pourtant, l’Italie et l’Espagne, qui sont également des États décentralisés, ont encore plus de mal que la France à répondre à la crise sanitaire…

Les régions italiennes n’ont pas la même capacité politico-économique que les Lander allemands. En Espagne, la société est plus faible et la droite, quand elle était au pouvoir, a fait des économies sur la santé. Les difficultés de ces pays s’expliquent aussi par d’autres facteurs. En Allemagne, j’ai l’impression qu’au début du drame, les personnes âgées, qu’on désignait comme les plus fragiles, ont eu une réaction instantanée de repli qui les a peut-être protégés, même si je ne peux pas le prouver scientifiquement. En Italie, ce qui m’a toujours frappé, c’est que beaucoup de familles gardent les grands-parents chez eux, ce qui augmente les risques de mortalité. Certains événements ont aussi accéléré la propagation du virus. En Italie, le match de l’Atalanta Bergame contre le FC Valence a été effroyable. Le stade de Bergame était trop petit, donc il a été joué à San Siero, à Milan. 40 000 personnes on fait le déplacement, puis les supporteurs ont fêté la victoire de l’Atalanta dans tous les bars à Milan. En Espagne, il y a eu la manifestation féministe du 8 mars. Cinq ou six ministres du gouvernement de Pedro Sanchez l’ont attrapé à cette occasion. C’est un cumul de choses.

En quoi les règles de confinement sont-elles différentes en Allemagne ?

Le confinement est léger par rapport à la France. Je marche tous les jours avec ma femme pendant une heure et demie avec des bâtons dans un parc. Le vrai terme qu’il faudrait utiliser, c’est la distanciation physique, pas sociale, car vous êtes connecté à vos proches avec le portable, la vidéo et tout ça. En Allemagne, les distanciations se font par cocon familial. On a le droit de se déplacer en famille, mais on doit garder une distance physique face aux autres cocons. Je peux faire 50 km à vélo si je veux.

Le débat politique est-il plus constructif en Allemagne qu’en France ?

En France, ce qui m’a le plus dégoûté, c’est le débat sur les municipales. J’ai supplié Macron de les suspendre jusqu’au bout. Il ne l’a pas fait en expliquant que les experts disaient qu’elles pouvaient se tenir. Si vous demandez à un expert si c’est mortel de voter en respectant les règles de distanciation, en se lavant les mains avec du gel hydroalcoolique, il vous donnera le feu vert. Mais si vous dites à une société de voter et de se confiner en même temps, c’est contradictoire. Macron s’est trompé dans le message politique. C’est Édouard Philippe et son directeur de cabinet Benoît Ribadeau-Dumas qui l’ont poussé alors que la moitié de lui-même était persuadé qu’il ne fallait pas le faire.

Même si Macron a fait une erreur, l’opposition a été indigne de la situation. Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont tous attaqué le président alors qu’ils étaient tous pour les maintenir. Seuls Yannick Jadot et François Bayrou voulaient les annuler.

En Allemagne, l’opposition s’est mieux comportée ?

Les Verts en Allemagne sont dans six gouvernements régionaux. À part l’extrême droite, tous les partis politiques sont dans au moins un gouvernement local. Les décisions prises par Angela Merkel doivent être acceptées par tous les partis politiques. Les partis d’opposition sont associés à la gestion de la crise. Donc ils sont coresponsables des décisions prises par le gouvernement. On en revient toujours au problème de la France : le piège incroyable de la Ve République. Nous sommes incapables de négocier. Si on avait négocié publiquement le maintien des élections en France, on aurait vu qui est pour et qui est contre. Et donc aurait peut-être décidé de suspendre les élections.

Ce problème ressurgit sur toutes les réformes, notamment la réforme des retraites. Au Bundestag, ça n’aurait pas été possible de produire 50 000 amendements dont la plupart sont les mêmes à une virgule près. Car tous les partis politiques ont accepté la gestion administrative du Parlement qui analyse les amendements. Et chaque groupe a trois quarts d’heure pour intervenir. Le vote se déroule sur une journée de débat sur les amendements, vous avez tout le vote.

Après la crise sanitaire, l’urgence sera-t-elle institutionnelle ?

L’urgence sera institutionnelle et sur le contenu. Nous devons reprendre le débat sur le climat. Il y a aussi la question de l’injection monétaire. Mais c’est vrai que si notre société n’a pas la capacité de discuter de la réforme institutionnelle, tout ça ne sert à rien. Emmanuel Macron a besoin de prendre en compte la nécessité des institutions intermédiaires, les syndicats et les partis qui doivent eux aussi prendre en compte la nécessité de négocier.

L’Allemagne gère mieux la crise sanitaire que la plupart des pays d’Europe, mais sera-t-elle solidaire avec les autres pays d’Europe sur le plan économique et financier ?

Vous avez mis le doigt sur la plaie de l’Allemagne. Sur le plan intérieur, Merkel gère très bien. Elle n’est pas péremptoire, elle prend les bonnes décisions, c’est parfait. Son talon d’Achille, c’est qu’elle est incapable de se transcender et de transcender l’Allemagne sur le plan international. Macron en est capable. Il est fascinant sur ce plan. Je critique sa posture « Clemenceau », mais pas sa posture européenne. Ce que Merkel n’arrive pas à comprendre, c’est que ce n’est pas par nécessité morale de solidarité qu’il faut aider les pays d’Europe, mais parce que c’est l’intérêt de l’Allemagne que l’Europe fonctionne. La masse critique pour remettre en cause la mondialisation, c’est l’Europe, ce n’est pas la France ni l’Allemagne.

Est-ce que vous êtes optimiste concernant la solidarité européenne ?

Aujourd’hui, la Commission européenne propose 100 milliards pour financer le chômage partiel en Europe. Les Allemands disent qu’ils veulent passer par le mécanisme européen. Ce sont des « coronabonds » même si on ne les appelle pas comme ça. Tout le monde sait qu’il faut un geste fort pour les pays en difficulté, mais il faut quand même que ça parle directement aux Italiens. C’est pour ça qu’il y a eu un débat sur la manière d’appeler les fonds. Politiquement et psychologiquement, c’est fondamental.

Source : LEPOINT

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