«Certains me répondent qu’ils sont là pour niquer la France». Dans le 18e (Paris), le respect des règles de confinement difficile à faire appliquer

Dimanche 22 mars, nous sommes au cinquième jour de confinement dans le pays. La France fonctionne au ralenti, les membres du personnel soignant sont tous mobilisés et les policiers sont très sollicités.

Dans le 18e arrondissement, au nord de Paris, les rues sont bien moins fréquentées qu’en temps de bonnes conditions sanitaires. Mais, au regard des restrictions, la densité de population est toujours importante. Au pied du métro La Chapelle, des gendarmes, postés là, filtrent les entrées et sorties étonnamment incessantes pour cette période exceptionnelle de restrictions. Au nez et à la barbe des forces de l’ordre, pourtant très présentes, mais surtout très occupées à contrôler les attestations nécessaires à la circulation, les trafiquants habitués à travailler dans le quartier continuent impunément leur business sur l’espace public. Haschisch, cigarettes de contrebande, médicaments, autres psychotropes, téléphones fraîchement volés, etc., l’offre est très riche, mais les clients sont bien moins nombreux qu’à l’accoutumée.

Spectateur de ce ballet incessant, Mourad ne peut contenir sa colère. Le charismatique directeur de la supérette Carrefour City située à deux pas du métro est sur le pont tous les jours de la semaine et jusqu’à 23 heures. Il connaît bien le quartier. Depuis l’annonce par les autorités du confinement de la population, il tente lui-même de disperser les attroupements devant son magasin et assiste, dépité, à ce jeu du chat et de la souris entre les représentants des forces de l’ordre et les récalcitrants. « Je tire mon chapeau à tous les policiers qui travaillent dans ce quartier. C’est une mission impossible d’imposer des règles à ces mecs. Et ne m’accusez pas de racisme ! Je suis un blédard comme eux ! Quand je suis arrivé d’Algérie, j’étais sans papiers, mais j’avais envie de bosser et de m’en sortir ici. Avec cette situation de crise, ceux qui restent dehors sont les pires ! Il n’y a plus que trafics et magouilles. Ils se foutent de l’autorité de ce pays et de ses lois. J’essaie de leur expliquer comment leur comportement met les autres en danger. Mais ils m’envoient balader. Certains, les plus méchants, me répondent qu’ils sont là pour niquer la France. C’est terrible ! »

Pourquoi vous me contrôlez ? Ça ne se fait pas !

À proximité du magasin, une riveraine, frêle silhouette portant son cabas à la main, se dit rassurée de la présence policière. « Je suis ravie de vous voir, messieurs, sourit-elle en leur présentant son attestation. Je suis sortie pour faire mes courses, mais l’atmosphère est étrange. Les individus qui traînent dans le coin ne m’inspirent pas confiance. »

Dans le quartier, les amendes de 135 euros sanctionnant les contrevenants ne semblent pas émouvoir ces passants qui passent et repassent, mais surtout stagnent, pour les raisons illicites que l’on devine. À proximité d’un fast-food à la devanture résolument close, des policiers peinent à expliquer à un groupe d’hommes que le restaurant est fermé, mais surtout que période de confinement oblige, leurs déplacements doivent être justifiés. Face aux comportements hostiles et à leur mauvaise volonté, le contrôle se fait plus musclé avec une fouille en bonne et due forme. Armes blanches, cigarettes de contrebande, stupéfiants en tout genre, l’opération n’est pas vaine et les réactions sont, forcément, agressives. « Chef, pourquoi vous me contrôlez ? Ça ne se fait pas ! », « Je fais ce que je veux et je n’ai pas d’attestation ! », « J’étais dans mon lit, un souvenir m’est venu et ça m’a énervé. Alors, je suis sorti pour me calmer et j’en ai rien à foutre du confinement ».

Face à ces comportements très menaçants, les hommes en uniforme doivent hausser le ton et trouver les mots pour contraindre les plus virulents à obtempérer. « C’est la quatrième fois que je te contrôle depuis ce matin et tu me répètes à chaque fois que tu rentres chez toi ! » L’individu résiste. Mais le policier sait trouver les mots pour lui faire entendre raison. « Laisse-moi vérifier tes poches. Sinon, du haut de mes 50 balais, je vais te faire couiner ! » L’homme, très agité, se fige soudainement pour se montrer plus docile.

Source : LEPOINT

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