Affaire Pegasus : Macron a "manqué de discipline", "tout aussi naïf" selon Éric Denécé -

Affaire Pegasus : Macron a « manqué de discipline », « tout aussi naïf » selon Éric Denécé

Fondateur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), Eric Denécé alerte depuis plus d’une décennie sur les risques d’espionnage liés aux téléphones portables des décideurs. Interview.

(FILES) In this file photo taken on July 20, 2020, French President Emmanuel Macron speaks on the phone during an EU summit in Brussels, as the leaders of the European Union hold their first face-to-face summit over a post-virus economic rescue plan. – Phone numbers used by French President Emmanuel Macron and top members of his government are among the potential targets for the Pegasus spyware supplied to several governments worldwide, the NGO that leaked the list of numbers said July 20, 2021. (Photo by JOHN THYS / POOL / AFP)

Après François Hollande écouté par la NSA, Emmanuel Macron ciblé par les services marocains : peut-on parler de « vulnérabilité » des présidents français ?

C’est plutôt un manque de discipline du personnel politique français qui est à pointer, en général, et d’Emmanuel Macron, en l’occurrence. Certes, l’exécutif s’en défend et a rappelé ce mercredi que les téléphones du Président étaient régulièrement changés et maintenus à jour côté systèmes d’exploitation et applications, mais dans les faits, nos dirigeants qui sont parfaitement prévenus de la vulnérabilité des moyens de communication actuels par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), la DGSE et la DGSI, n’en tiennent pas compte. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas envie que tous leurs téléphones passent entre les mains des spécialistes. Pour appeler leurs proches, des amis voire des ennemis politiques sans que cela se sache, ils peuvent ainsi garder deux ou trois téléphones « perso » ou se servir de ceux d’un membre de la famille, ce qui est tout aussi naïf. En fait, le fond du problème, c’est que politiques ou patrons de grands groupes, ils se méfient d’éventuelles fuites ou de l’installation d’un système d’écoute par leurs propres services qui pourrait, par exemple, révéler des contacts préjudiciables à leur image, aux yeux de l’opinion.

Après François Hollande écouté par la NSA, Emmanuel Macron ciblé par les services marocains : peut-on parler de « vulnérabilité » des présidents français ?

C’est plutôt un manque de discipline du personnel politique français qui est à pointer, en général, et d’Emmanuel Macron, en l’occurrence. Certes, l’exécutif s’en défend et a rappelé ce mercredi que les téléphones du Président étaient régulièrement changés et maintenus à jour côté systèmes d’exploitation et applications, mais dans les faits, nos dirigeants qui sont parfaitement prévenus de la vulnérabilité des moyens de communication actuels par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), la DGSE et la DGSI, n’en tiennent pas compte. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas envie que tous leurs téléphones passent entre les mains des spécialistes. Pour appeler leurs proches, des amis voire des ennemis politiques sans que cela se sache, ils peuvent ainsi garder deux ou trois téléphones « perso » ou se servir de ceux d’un membre de la famille, ce qui est tout aussi naïf. En fait, le fond du problème, c’est que politiques ou patrons de grands groupes, ils se méfient d’éventuelles fuites ou de l’installation d’un système d’écoute par leurs propres services qui pourrait, par exemple, révéler des contacts préjudiciables à leur image, aux yeux de l’opinion.

Concernant Emmanuel Macron, Edouard Philippe et 14ministres, Pegasus a-t-il menacé la sécurité nationale ?

Oui et non… À mon sens, Pegasus ne peut pas intercepter les liaisons sécurisées utilisées au sommet de l’Etat et qui concernent la sécurité, les armées, les services secrets car il faudrait casser les codes et écouter l’ensemble du système français. Par contre cela pose la question de la naïveté d’un président pourtant très informé des risques, après avoir vu sa campagne hackée en 2017. Emmanuel Macron « accro » à ses portables, dont deux non sécurisés, d’après Le Parisien : lequel de ces téléphones a vu son numéro récupéré, par qui et comment ? C’est la première question. Car soit c’est quelqu’un de l’entourage présidentiel qui l’a divulgué, soit le président a pu être suivi par une équipe étrangère avec des moyens électroniques permettant d’identifier un ou des numéros.

Pourquoi le Maroc espionne-t-il la France ?

Les relations entre Rabat et Paris n’ont pas toujours été sereines, ces dernières années, avec notamment la demande d’audition par la justice française du patron des services de sécurité marocains, Abdellatif Hammouchi.Se pose aussi le problème récurrent des trafics de stupéfiants, d’exportation du cannabis vers la France, mais surtout, les Marocains cherchent absolument à savoir ce qui se passe dans les relations franco-algériennes, avec la peur qu’un rapprochement entre Paris et Alger se fasse à leur détriment notamment sur le dossier du Sahara Occidental.

Éric Dupond Moretti, hier avocat du roi du Maroc, aujourd’hui ministre de la Justice, est-ce un problème dans un tel contexte ?

Disons un cas « difficile ».

Mohammed VI, ciblé lui aussi : qu’est-ce que cela révèle ?

Dans des états aux régimes moins démocratiques que les nôtres, il existe un risque constant : la tentation d’autonomisation des services, estimant qu’ils représentent le mieux l’intérêt national. Mohammed VI n’a pas le charisme de son père, face à cela, il y a probablement aussi une dérive.

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